13.12.2006
Per la precizione !
Visite guidée de mon miniblog: "... et sur votre gauche, vous pouvez voir... " une photo (grossièrement bidouillée !) de moi - mais oui ! - de moi voilée !
Je voudrais couper court aux représentations fantaisistes que vous pourriez vous faire : non, je n'ai pas succombé comme une faible fashion victim à la tendance yéménite ! Je ne porte pas le voile, ni le tchador, ni le hijab, ni le grand drap à motifs de diamants dans lequel s'enroulent les femmes du peuple à Sanaa et alentours... Mais c'est ainsi que se présentent toutes les femmes que je croise dans les rues, à l'université, et même au Centre. C'est pourquoi j'ai adopté cette présentation : pour que vous ayez un aperçu de ce que ça peut donner, de ne voir que ça, à longueur de temps... Il y a là quelque chose de mystérieux, d'exaspérant ... et de terriblement frustrant aux dires de mes collègues masculins, qui n'en peuvent mais !
Moi qui arrivai avec l'idée de me voiler, si nécessaire, je me suis rendue compte que ce geste impliquait, outre l'interprétation très stricte de préceptes religieux, toute une conception des relations entre homme et femme qui m'est complètement étrangère. Le voile imposé par les hommes, instrumentalisé à des fins de séduction (entre autres) par les femmes, me semble de plus en plus le signe d'une véritable violence... dont les femmes ne sont pas forcément les premières victimes ! J'aurais l'occasion d'y revenir très bientôt.
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11.12.2006
Sanaa - Abd al'Azîz al-Maqâlih
Sanaa…
ville de l’âme.
Ses portes sont au nombre de sept
comme les portes de l’Eden.
Et chacune d’entre elles exauce
un vœu de l’étranger.
Entre par l’une ou l’autre
et la paix soit sur toi.
Et la paix sur une ville
dont douce est l’eau si douce
et si purs au cœur les hivers
et si légères les ardeurs de l’été.
Baignée par la lumière
de l’éveil,
c’est à l’heure de l’ombre
une Dame parée dans sa plénitude de femme.
Tombée qui sait des pages des légendes,
ou peut-être née du chant des violettes,
ou bien portée par les refrains
de la source sans âge des songes... ?
(…)
Makka, ville du Livre
Paris, ville des arts
Londres, ville des échanges
Washington, ville du pouvoir
Le Caire, ville du temps,
et Bagdad, de la poésie
Damas, ville des roses
et ville de l’âme… Sanaa.
Elle cache dans ses entrailles
le trésor
d’un rêve à ciel ouvert.
On y fête de toutes parts
des noces de splendeur.
Et les pierres donnent le jour
à des formes, à des mélodies.
Les poèmes de la blancheur
s’y gravent dans la profusion.
Et la nuit inscrit ses légendes
lourdes des grappes du chagrin
et des brasiers d’effluves
au dos de la muraille lisse,
passée la Porte du Yémen.
C’est un poète yéménite qui un jour écrivit :
Voici Sanaa, taverne de lumière.
Entre la paix au cœur
et dix fois embrasse le sol.
Puise à sa beauté vierge,
à ses enchantements,
un élixir qui te fait don
d’une seconde vie.
- - - -
Traduction de Amin Abdulkarim Michel Barbot
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10.12.2006
Souvenirs, souvenirs : mon arrivée à Sanaa
Lorsque je suis arrivée le 18 septembre, après 12 heure de vol (au lieu de 8, vive Inch'Allah Airlines!), il faisait déjà nuit. Je n'ai donc pas pu profiter de la descente pour apprécier la vue sur Sanaa. Ce doit être beau pourtant de découvrir la ville, nichée sur un plateau, à 2400 mètres d'altitude ! Encore que la vieille ville, toute d'ocre et de blancheur, soit aujourd'hui écrasée par ses faubourgs, dont la croissance accélérée des quinze dernières années est à peine contenue par les montagnes alentours. Ah, il est loin le temps où le bâtard kirghize, chevauchant le pur-sang de l'imam, s'élançait sur le plateau désert à l'assaut des montagnes !
Quoiqu'il en soit, l'obscurité m
'a épargnée, jusqu'à la sortie de l'avion, la vue d'une carcasse d'appareil écrasé en bout de piste...
Aussitôt arrivée, je fus mise dans le bain : communication limitée (même le chauffeur du Centre ne parle que quelques mots d'anglais) et circulation fracassante.Ici, on roule au klaxon: c'est chacun pour soi... et tous pour le président! En fait, la quasi-totalité des voitures avaient les vitres recouvertes d'affiches à l'effigie d'Ali Abdallah Saleh - pare-brise compris! Il m'a fallu moins de cinq kilomètres pour comprendre que j'arrivais en pleine campagne électorale (le 20 septembre avait lieu les élections présidentielles, suivies des élections législatives et locales, si j'ai bien compris).
Dans les rues, la tension était palpable et l'agitation à son comble. La décoration était à la hauteur : partout des drapeaux rouge-blanc-noir, des fanions bleus ornés d'un cheval (symbole du "Congrès Général du Peuple", parti du président sortant, Saleh) ou d'un soleil (symbole du principal parti d'opposition, improbable alliance des socialistes et de l'Islah, parti islamiste "modéré"), des affiches, des portraits kitschissimes (lunettes de soleil de rigueur) de Saleh, le jingle présidentiel à fond, en boucle (quelque chose comme "tchouc tchouc peka peka, Saleh, nous voilà")...
Trois mois après le succés relatif de Saleh (j'y reviendrai), les reliefs de cette frénésie politique sont toujours là. Naturellement les affichettes des opposants ont disparu assez vite au profit de portraits géants du président qui se sont multipliés et qu'on retrouve aux endroits les plus improbables : impossible de l'oublier, celui-là ! Lorsque je me promène, il m'arrive de me sentir scrutée par le passager d'une voiture arrêtée. En réalité, c'est le regard perçant du président, dont le portrait est resté affiché, qui me fixe à travers la vitre !
Désolée pour la mauvaise définition des photos. Vous pouvez cliquer dessus pour les aggrandir !
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08.12.2006
"A l'ombre de la menace terroriste"
Voici la copie d'un article (au titre aguicheur) paru dans Le Monde diplomatique (octobre 2006)
Entre pressions extérieures et tensions internes, un équilibre instable au Yémen
Dans un village reculé du sud du Yémen, une voiture affiche fièrement sur son pare-brise le portrait du président Ali Abdallah Saleh – engagé aux côtés des Etats-Unis dans la « guerre contre le terrorisme » – et celui de M. Oussama Ben Laden. Dans cette double affiliation, il ne faut pas seulement voir une marque de duplicité que bien des analystes étrangers relèvent avec irritation (1), mais également la capacité du pouvoir à ne pas rompre avec une opposition islamiste perçue comme légitime par la société, et à maintenir ainsi une certaine stabilité. Avec un succès évident : le pays n’a pas connu d’attentat de grande ampleur depuis 2001 (2).
Davantage que par la violence terroriste, les Yéménites sont concernés par les questions économiques et sociales, le tarissement progressif des maigres ressources en pétrole, l’usure du pouvoir et les effets pervers des pressions engendrées par l’obsession sécuritaire internationale.
Soucieux de ne pas répéter les erreurs qui, en 1990-1991, au moment de la guerre du Golfe, l’avaient placé au ban des nations occidentales et d’une partie des Etats arabes, le gouvernement a pris le parti, après le 11-Septembre, de coopérer à la lutte antiterroriste. l’attentat contre le navire de guerre américain USS Cole, à Aden, en octobre 2000, puis les entraves posées à l’enquête menée par le Federal Bureau of Investigation (FBI) mettent le gouvernement de Sanaa dans l’embarras. Dès lors, il lui faut jongler avec, d’un côté, les attentes d’une population et d’une élite politique qui ne sont pas insensibles à la rhétorique aux accents anti-impérialistes d’Al-Qaida et, de l’autre, les exigences de Washington et de ses alliés, qui criminalisent toute opposition à référent religieux, même celle qui rejette la violence.
Le gouvernement se résout donc à assurer un service minimum : un bureau du FBI est ouvert à Sanaa, des soldats américains forment les militaires yéménites et, après l’assassinat d’un leader supposé d’Al-Qaida par un drone de l’armée américaine, en novembre 2002, les protestations officielles sont plus que timides. Du coup, de cible potentielle de bombardements américains, le Yémen devient un allié qu’il faut ménager. Ce nouveau statut se matérialise notamment à travers l’augmentation de l’aide versée par les pays occidentaux et par la Banque mondiale, le lancement par l’agence américaine Usaid de différents projets de développement dans certaines régions, telles que le Jawf, Marib ou Chabwa, abritant potentiellement des groupes terroristes, puis par la nouvelle visite aux Etats-Unis du président Saleh en juin 2004 (dans le cadre du G8).
Malgré tout, le gouvernement tente de préserver l’équilibre de sa formule politique, fondé notamment sur l’intégration dans les structures étatiques et même exécutives des différentes composantes de la société : tribus, acteurs religieux et partis d’opposition. Ainsi refuse-t-il d’ordonner la fermeture de l’université privée Al-Iman, accusée de former des combattants au djihad, et de satisfaire les demandes des autorités américaines visant à geler les avoirs de son fondateur, M. Abdel Majid Al-Zindani, figure historique du parti d’opposition islamiste Al-Islah. Tout juste le gouvernement admet-il la nécessité d’exercer un contrôle plus strict des étudiants étrangers fréquentant les instituts islamiques (fin 2001, il affirme en avoir expulsé plus de six cents du territoire).
Les partis d’opposition et la presse, bien que parfois harcelés et poursuivis, bénéficient d’une liberté d’expression inconnue dans les pays de la région. A travers une rhétorique nationaliste et anti-israélienne, le président veille à maintenir une illusion de souveraineté. La guerre d’Irak, en 2003, lui donne l’occasion de critiquer violemment la politique américaine au Proche-Orient et de se faire le héraut de la lutte contre les réformes imposées de l’extérieur. En 2002, le Parlement, contrôlé par le Congrès populaire général (CPG), parti au pouvoir, vote une résolution appelant les pays arabes à stopper toute coopération avec les Etats-Unis tant que ceux-ci maintiennent leur politique favorable à Israël.
Parallèlement, le pouvoir élabore une stratégie de communication permettant de concilier certaines demandes antagonistes. Le gouvernement médiatise avec succès le travail de rapprochement mené par le juge Hamoud Al-Hitar avec les groupes violents qui, grâce à lui, seraient persuadés du caractère contraire à l’islam de la lutte armée et renonceraient alors au terrorisme. Selon le discours officiel, c’est à travers cette commission de dialogue, et non par la répression, que la société serait parvenue à échapper aux attentats. Plus vraisemblablement, c’est aussi grâce à certains accords ou compromis, parfois élaborés au sommet de l’Etat (comme cela s’est produit au moment du retour des combattants d’Afghanistan, au début des années 1990), que les djihadistes sont réintégrés dans les structures économiques ou même militaires, et abandonnent la violence contre l’Etat ou les Occidentaux.
Cette stratégie du compromis ne satisfait toutefois pas les Etats-Unis. Rapidement, des tensions apparaissent, et le pouvoir yéménite se voit accusé de duplicité. Début 2004, l’Arabie saoudite menace de construire une barrière le long de sa frontière avec le Yémen afin d’empêcher les infiltrations. Les révélations sur les implications, plus que probables, de hauts responsables de l’appareil de sécurité dans les attentats contre l’USS Cole, la présence de nombreux Yéménites dans les rangs de la résistance en Irak, puis les rumeurs entourant l’évasion rocambolesque, en février 2006, de vingt-trois individus accusés de terrorisme, placent le pays dans une situation délicate. Le président Bush envoie alors à son homologue yéménite une lettre dans laquelle il met en doute la sincérité de son implication dans le combat antiterroriste.
Difficile partage du pouvoir
Pourtant, ces événements révèlent surtout la fragilité d’un Etat qui, plus qu’un autre, est forcé de composer avec des groupes sociaux très différents. Les emplois fictifs de fonctionnaires, en particulier dans l’armée, sont utilisés depuis l’avènement de la république, en 1962, comme mode privilégié de redistribution des richesses, notamment dans les zones tribales du nord et du centre du pays, où les infrastructures et les services publics sont absents. A tous les niveaux du processus de décision, des individus ou des groupes sont susceptibles d’infléchir le résultat attendu et ainsi de diminuer l’efficacité des politiques publiques.
Dans ce cadre, la mise sous tutelle étatique des instituts religieux privés, annoncée en 2002, puis en 2005, de même que l’annonce d’un projet de loi visant à améliorer le contrôle des armes circulant dans le pays n’ont eu que peu d’échos (3). La complexité de l’Etat, la multiplicité de ses intérêts et l’intégration des différentes composantes du paysage politique ont permis à la société de faire largement l’économie de la violence politique et constituent dès lors un atout permettant de préserver un certain pluralisme.
La belle mécanique du compromis a toutefois parfois tendance à se gripper. En 1990, l’unification des deux Yémens, celui du Nord fondé sur l’idéologie nationaliste et celui du Sud sur le « socialisme scientifique », a laissé place à un difficile partage du pouvoir, qui a débouché, au printemps 1994, sur une brève guerre opposant les appareils militaires des deux anciens Etats souverains.
Dans le contexte post-11-Septembre, face à des exigences toujours plus pressantes venues de Washington, le pouvoir cherche à offrir à ses « alliés » les gages de son investissement dans la lutte anti-terroriste. De fait, la focalisation sur les questions de sécurité favorise un durcissement du régime, dont témoignent notamment les récentes entraves à la liberté de la presse, les emprisonnements arbitraires, les procès spectacles, et qui se matérialise de manière caricaturale, à partir de juin 2004, dans la guerre menée dans le nord du pays contre la Jeunesse croyante (shabab al-mu’min) de Hussein Badr Eddine Al-Houthi, ancien député.
Afin de préserver au maximum l’équilibre républicain construit depuis la révolution de 1962 et le renversement de l’imam Mohammed Al-Badr, c’est contre les « perdants de l’histoire » représentés par la minorité zaydite (4), et non contre les islamistes issus de la tendance des Frères musulmans, que le gouvernement dirige la répression. Comme il l’avait fait en 1994 contre les anciennes élites socialistes de l’ex-Yémen du Sud, le pouvoir s’oppose depuis 2004 à un groupe peu légitime dans la mesure où il est assimilé à l’« ancien régime » de l’imamat zaydite.
Par ailleurs, grâce à une propagande efficace qui fait de la Jeunesse croyante un groupe terroriste chiite proche du Hezbollah libanais et financé par l’Iran, le gouvernement parvient à légitimer sur le plan international son intervention militaire contre les « partisans d’Al-Houthi » en l’inscrivant dans le cadre de la lutte antiterroriste. La Jeunesse croyante ne partage pourtant pas grand-chose avec Al-Qaida, si ce n’est une rhétorique anti-israélienne et antiaméricaine ; en tout état de cause, elle ne représente une menace ni pour le pouvoir du président Saleh ni pour les Etats-Unis.
Prenant le prétexte d’un accrochage entre les membres de la Jeunesse croyante et certains militaires, le gouvernement lance, le 18 juin 2004, une grande offensive dans la région de Saada, proche de la frontière saoudienne, contre un groupe qu’il avait autrefois soutenu afin de faire contrepoids aux salafistes installés dans cette zone. L’armée sous-estime la résistance à laquelle elle est confrontée dans cette région longtemps restée à l’écart des politiques de développement impulsées par l’Etat. Après l’échec de différentes tentatives de conciliation tribalo-religieuse, la violence s’intensifie, et des villages sont bombardés.
La dureté extrême des combats, qui s’interrompent en septembre 2004 avec le décès d’Al-Houthi, avant de reprendre en mars 2005, entraîne la mort de plusieurs milliers de personnes – civils, militaires et rebelles (5). Parallèlement, le gouvernement mène une campagne de répression à l’encontre d’intellectuels zaydites, interdit de nombreux ouvrages et ordonne la fermeture temporaire de journaux.
Cette guerre n’est certes pas étrangère aux rivalités et luttes sur l’échiquier politique yéménite, mais sa violence est avant tout le résultat d’une focalisation excessive sur les questions de sécurité encouragée par la lutte antiterroriste qu’impose la « communauté internationale ». Les pressions exercées par les Occidentaux amènent Sanaa à « surréagir » à toute menace sur les intérêts occidentaux (enlèvements qui, tels ceux de touristes français en septembre 2006, dans leur grande majorité, ne sont pas liés à des revendications politiques, attentats, discours anti-impérialistes, etc.). Ce choix enclenche une spirale de la répression qui affecte la sécurité des Yéménites, met en péril la stabilité du système politique et accentue son caractère autoritaire.
A travers l’affaire Al-Houthi s’exprime également l’usure du pouvoir. Toutefois, les atteintes à la liberté de la presse, le culte de la personnalité et la légitimation progressive d’un pouvoir héréditaire dans lequel M. Ahmad Ali Saleh, militaire à la tête des forces spéciales, prendrait la suite de son père s’accompagnent d’un manque de crédibilité de l’opposition. Le succès des tentatives de rassemblement de ses différents partis, des Frères musulmans aux socialistes, reste tributaire du bon vouloir du pouvoir. En effet, à travers sa stratégie d’intégration et de compromis, celui-ci est parvenu à « vampiriser » une large partie de l’opposition, qui peine par conséquent à jouer pleinement son rôle.
Le CPG a pu tisser au fil des années, sur une base clientéliste plus qu’idéologique, un important réseau de partisans. L’annonce par le président Saleh, en juillet 2005, qu’il ne serait pas candidat à sa propre succession et le suspense entretenu jusqu’à l’été 2006 autour de sa décision finale n’ont pas permis l’émergence de la moindre alternative sérieuse. Ainsi l’opposition, même rassemblée, autour du socialiste Fayçal Ben Chamlan et de son programme de lutte contre la corruption, ne parvint pas à empêcher le président Saleh d’être réelu jusqu’en 2013.
Confrontés à des difficultés économiques, sociales et sanitaires, au chômage, à l’inflation et à une politique internationale qu’ils ne maîtrisent pas, la plupart des Yéménites sont résignés et perçoivent bien l’impuissance de leur gouvernement. Comme l’illustrent les émeutes de juillet 2005 consécutives à la hausse brutale des prix des produits pétroliers, qui ont fait une cinquantaine de morts, la lassitude pourrait laisser la place à la révolte.
Paradoxe sécuritaire
Conscientes de l’absence de solution de rechange crédible et du fait que leurs appels à davantage de pluralisme risquent de favoriser l’opposition islamiste d’Al-Islah, proche des Frères musulmans, les puissances occidentales, y compris européennes, développent une attitude ambiguë. Tout en favorisant un durcissement du régime, elles critiquent ce dernier et financent des programmes devant permettre l’alternance démocratique (6). Le souci de lutter contre la corruption a amené la Banque mondiale, fin 2005, à réduire son aide de près d’un tiers.
Malgré la découverte de gisements de gaz naturel dans l’est du pays, l’épuisement progressif des maigres ressources pétrolières place l’Etat dans une situation de dépendance. Différents projets des bailleurs de fonds internationaux visent par ailleurs à favoriser l’émergence d’une « société civile » libérale, l’organisation d’élections libres ou encore à former des élus locaux dans le cadre de l’ambitieuse politique de décentralisation lancée en 2000. Ces initiatives n’affectent toutefois pas sensiblement la vision sécuritaire occidentale à l’égard du Yémen.
A rebours des analyses qui promettent sans cesse à ce pays conflit, chaos ou même éclatement, force est de constater que la société et le gouvernement sont parvenus à maintenir un certain équilibre. De fait, l’obsession sécuritaire, imposée par le discours dominant, constitue sans doute la principale source d’instabilité. La priorité accordée à la sécurité occidentale aux dépens de celle des Yéménites se révélera à long terme être un mauvais calcul. Reste à savoir si le gouvernement yéménite et les puissances occidentales comprennent ce paradoxe...
Laurent Bonnefoy.
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Laurent Bonnefoy
Doctorant en science politique à l’Institut d’études politiques de Paris, rattaché au Centre français d’archéologie et de sciences sociales de Sanaa (Cefas).
(1) Lire l’article de Jane Novak, « Al Qaeda escape in Yemen : Facts, rumors and theories », 16 février 2006.
(2) En octobre 2002, un attentat contre le pétrolier français Limburg fait un mort au large du port de Moukalla ; un mois plus tard, trois missionnaires baptistes américains sont assassinés dans la ville de Jibla. Si des procès, largement médiatisés, sont organisés afin de juger des individus accusés d’appartenir à Al-Qaida, Amnesty International affirme que, fin 2005, plus de deux cents personnes sont maintenues en détention en attente de jugement dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme ».
(3) Le nombre fréquemment cité de soixante millions d’armes légères circulant dans le pays est certainement exagéré. Selon l’organisation non gouvernementale suisse Small Arms Survey, en 2002, il y en aurait entre six et neuf millions.
(4) Le zaydisme est une branche du chiisme née en 740 autour de Zayd Ben Ali Al-Hussein. Cette secte, majoritaire dans certaines régions des hautes terres, est au fondement de la doctrine de l’imamat qui règna sur tout ou partie du Yémen pendant plus d’un millénaire jusqu’en 1962.
(5) Le 14 mai 2005, à la télévision, le premier ministre Abdel Kader Bajammal reconnaît que les affrontements ont entraîné la mort de cinq cent vingt-cinq membres des forces armées mais se refuse à fournir des chiffres pour les rebelles et les civils.
(6) Cf. par exemple le rapport 2006 du département d’Etat américain sur les droits de l’homme au Yémen.
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Ville sans visage - Abdallah Al Baraddouni
Sais-tu, Sanaa, ce qui se passe ?
Tu meurs
Dans un peuple qui agonise
sans savoir.
Tu meurs… Mais chaque jour,
Après ton trépas… Tu as honte de ta mort.
La peste te ronge
Tu ne lui demandes point : jusqu’à quand ?
De crainte qu’elle ne se plaise et s’éternise.
Tu meurs en attente d’une naissance
Tu oublies
Ou tu es oubliée par le rendez-vous
Du séducteur.
Cherches-tu aujourd’hui, ton visage perdu
Ou ta face moderne ?
Vers où ? Sais-tu d’où ?
Peut-être es-tu apparue sans…
et estompée, sans revers.
Tu marches d’une tombe à l’autre
Cherchant au-delà du silence
De l’enterrement,
Le bruit
Du jour de la résurrection.
Respires-tu l’aube, dans une pénombre
Sans sérénité,
Sans étoile.
Qui indique l’aube ?
Toute chose en toi
s’est éteinte
Ne lui demande point pourquoi
Comme si tu n’étais pas concernée.
Tes collines ont renié leurs montagnes,
Inconscientes de leurs actes,
Tes soirs d’été sont mornes,
Et tes fleurs printanières, sans parfum,
Tes vignes ont perdu leur été,
Et tes ruisseaux égarés sont loin de leur source.
Tes chants d’amour inachevés,
Et tes plus beaux poèmes sont sans poésie.
Sais-tu que le soleil au dessus de toi est invisible.
Tes nuits malades sont tristes,
En vain à chaque aurore, tu chantes l’aube,
Et dans tes yeux, se reflète la nuit du destin.
- - -
Abdallah Al Baraddouni est né en 1926. Il enseigne la littérature arabe et est l'auteur de nombreux recueils de poésie et de prose. Ce poème est extrait de son recueil : Pour les yeux de Umm Bilquis
03:35 Publié dans Yémen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06.12.2006
Ein Paar Wörter
Seit 3 Monate bin ich jetzt im Jemen. Wie sieht es aus? Eigentlich ganz gut ! Kurz und einfach, will ich euch ein bisschen meines jemenitischen Lebens erzählen !
Ausser meiner Lektorinarbeit in dem französischen Institut für jemenitischen Studien, lerne ich die arabische Sprache, geniesse ich die Sonne und die Gemütlichkeit unseres Gartens, gehe ich durch die Stadt spazieren, treffe ich ein Paar europaischen oder jemenitischen Freunden... Manchmal gehe ich zum Hammam, selten kaue ich Qât... und einmal habe ich sogar die Kalachnikovstechnik trainiert (echt !). Natürlich ist das Leben nicht ganz einfach. Die Wasser- und Strombrüche kommen oft vor, den Komfort zu Hause finde ich sehr gering... und ich habe heute keine Mut auf Deutsch genau zu beschreiben, was es hier bedeutet,eine Frau zu sein : es ist gleichzeitig schlimmer und nicht so schlimm, als man sich vorstellt, aber auf jedem Fall sehr anstrengend !
Aber all in allem geht es mir ganz gut ! Die Altstadt von Sanaa ist prachtvoll, der Rest der Stadt ist sehr lebendig, in voller Entwicklung. Es gibt so viele winzigen Szenen zu beobachten ! Ich bin genau in der richtigen Zeit angekommen : zuerst die Wahle (grosse Spannung) dann das Ramadhan (ein Monat von Nachtleben) - tolle Erfahrung, um eine heutige muslime Gesellschaft zu entdecken !
Vor ein Paar Wochen hatten wir Ferien wegen des Ende des Ramadhan. Mit zwei französischen Freunden (wahnsinnig, wie man im Ausland schnell "Freund" wird) bin ich sechs Tagen in verlorenen wunderbaren Bergen gelaufen. Es war sechs Tagen von unglaublichen Treffen und manchmal komischen Erfahrungen. Wir haben bei der Einwohner gewohnt : keine Leitungswasser, oft kein Strom, extrem geringer Komfort, rohes (ekelhaftes) Essen. In einem Tag durchliefen wir mehr Distanz als manche Einwohner innerhalb ihres ganzen Lebens !!! Die Leute der Dörfer waren sehr überrascht, da wir die erste Turisten waren, die sie in ihrer Dorf kommen. Sie verstanden nicht, warum wir so laufen wollten : viele liefen nach uns, um uns einzuladen („Nicht laufen, ihr werdet müde sein ! Das ist nicht gut für euch ! Lieber bei uns essen und Qât kauen!“).
Dort habe ich endlich verstanden, was für eine riesige Katastrophe das Qât für den Jemen ist : das ganze Leben dreht sich um diese kleinen Zweige, die nach Feldsalade und Lorbeer schmeckt, und die man Stundenlang kaut bis „Paris zu sehen“... und die die ganze Wasserreserve des Landes einsaugt. Die ganze Gesellschaft ist addicted : am späten Nachmittag gibt es kaum ein Mann, der sein Wange mit einem Qâtball nicht unverbildet hat. In manchen besonders armen Dörfer habe ich sogar Frauen und Kinder gesehen, die kauen. Jetzt will ich nie mehr qâten !
Diese Woche in den Bergen hat mit starken Eindrücke gelassen. Seit unserem Rückkehr bin ich ein bisschen verwirrt. Dank meiner Freunden, die echt gut Arabisch kennen, haben wir tollen Diskussionen gehabt. Ich habe das Gefühl, als ob ich viel näher von der Jemeniten gekommen wäre (ein Art Zoom tatsächlich !). In Sanaa ahnt man natürlich, dass die jemenitsche Gesellschaft total anders als unsere ist (keine Frau sondern schwarze Geiste, auch die Kleider der Männer, das Rythmus des Ramadhans, usw) aber dort auf dem Land sieht man wie tief die Spannung ist.
Ich denken an dieser Gesichte, die ich nie wiedersehen werde aber die ich nie vergessen will : Mädels mit 10, die schon verheiratet sind und Wasserflaschen schwerer als sie tragen; zurückaltenden und fleißigen Frauen, die sobald die Männer weg sind ihre anmutsvollen Lächeln (endlich volle Gesichte zu sehen!) und ihre schlichte Koketterie zeigen (unsere Hände und Füsse haben sie mit feinen Zeichnung mit Tusche geschmuckt ;-); klugen und quicklebendigen Jungen, die nie die Gelengenheit bekommen werden, ihren Dorf zu verlassen; Männer, die ihre Kalachnikovs ausführen, die die schlechte Djinns des Fluss furchten aber eine unerwartete Klarheit in den politischen Diskussionen aufwenden und sehr interessante Fragen über unsere westlichen System stellen... Was haben sie von uns gehalten, die barhauptige und ungebundene durch ihre Tale gelaufen sind, wo ihre ganze Leben sind ? Was haben wir von ihnen verstanden ? Ich weiss nicht genau. Ich bleibe mit viele Fragen, an denem ich vielleicht keine Antwort finden werde. Ich bin aber glücklich, so was zu erleben.
23:30 Publié dans Yémen | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Le Yémen, vu de loin !
"Il faut mettre des images claires sur des idées floues"
disait Godard.
Mais, comme je n'arrive pas à faire mieux que ça (!), je vous renvoie à la carte en couleurs du Routard !
21:50 Publié dans Yémen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
