19.02.2009

Dzing ! L'Artisan parfumeur

On a beau dire, c'est aussi bien que l'hiver dure un peu. Autrement, il faudrait abandonner trop vite tous ces fabuleux parfums cuirés, moelleux comme des édredons... et plus chics que des doudounes, fussent-elles siglées !

Pour faire pétiller un jour brumeux, Dzing! est l'un des plus beaux déguisements que je connaisse. Son exubérance, subtile et maîtrisée, évoque immédiatement l'atmosphère d'un chapiteau, sous lequel on se blottit - des lumières pleins les yeux, et le nez chatouillé par le parfum des pralines, tandis que l'odeur de sciure se mêle au goût du caramel, les fraîches et pâles roses de la diva locale au fumet vanillé du cuir patiné. Non, ne fuyez pas, l'écurie est loin! Reste la magie d'un spectacle inattendu, dont on ne peut humer la trace qu'à même la peau.

Comme Yvresse, autrefois nommé Champagne, ce parfum provoque un sursaut de sourire. Et, certes, avec Yvresse, on se lève tous pour danser (Girls just wanna have fun)...

Dzing!, lui, est autrement malicieux : d'abord, il nous scotche là. Assis dans les gradins, enfants aux yeux brillants, nous retenons notre souffle, fascinés par les numéros qui s'enchaînent, comme autant de prodiges inventés par un merveilleux presdigitateur. Mais soudain, tagada tsouin tsouin, nous voilà entraînés à la suite d'un petit lapin blanc au fond du haut-de-forme doublé de soie grenat, et nous en surgissons pour être tour à tour les plus fameux héros de cette parade endiablée : apparition de M. Loyal, condescendance des fauves, hardiesse du dompteur, danse des sept voiles, précision du trapéziste, au bout des chaussons le vide, course des machinistes, grâce des éléphants, cruautés des clowns, jupes de l'écuyère, chevaux au grand galop, paillettes et grelots, fureur du contorsion-niste, mégalomanie des empileuses de porcelaines chinoises, explosion de la femme-canon...

Carol Rouland écuyère.jpg
(c) Karol Rouland
 
Qu'il est doux quelquefois de vivre dangereusement... ou à peu près !
Dzing!.jpg

31.01.2009

Bornéo 1834, Serge Lutens

Il est des parfums qu'on ne peut porter car ils réveillent trop d'émotions...  All that I want was here / now it's gone. Bornéo 1834 est pour moi de ceux-là. Lorsque tous les invités sont partis, ne restent dans l'appart' vide que les cadavres des bouteilles éparpillés, des lumières trop franches et un masque au charme épuisé. Tout ça pour ça ? Patchouli, cacao, tabac. Femme forte, lève-toi !

Loup sur parquet.jpg
 
et flacon sophistiqué.
Bornéo - flacon.jpg

27.08.2008

Vetiver, Annick Goutal

Ce soir, je voudrais vous parler de ma seconde "rencontre" goutalesque... autrement simple et salée, celle-là ! Il s'agit du Vétiver, le plus rude, le plus fumé que je connaisse, pour l'instant.

Ma première impression fut celle d'un raz-de-marée vert sombre et salée, une forêt de pins mouvante et dévorante à l'infini:

WOUCHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH !

SylvieDjinn-flickr.jpg

Depuis que je le porte, il me semble plus calme et plus serein.

Landesplagesforet-flickr-ecototo.jpg

C'est une plage abandonnée aux promeneurs du soir. Leur peau ensoleillée garde le goût de l'iode. Ils sont contents de se retrouver sur la terre ferme, enfoncent avec délice leurs pieds nus dans le sable et savourent dans un joyeux silence leur dîner frugal tandis qu'un petit feu claque gaiement au vent.
Vetiver.jpg
(Photos Flickr (c) 1.Sylvie Djinn / 2.Ecototo)

06.08.2008

Sables, Annick Goutal

Difficile de trouver une image qui décrive justement ce parfum étrange, discordant, déconcertant...

Gazapo.Feral.flickr.jpg
Ma première impression fut forte et déconcertante:
qu'est-ce que ce mélange de réglisse et de goudron faisait dans un flacon estampillé "bon chic et bon genre"?
72.jpg
Mais comme j'adore l'odeur de térébenthine, j'en ai redemandé ! Ce parfum ne ressemblait à rien d'autre de ce que j'avais senti jusque là, il avait une présence, une chaleur, une urgence qui ne ressemblait à rien de ce que je connaissais (et c'est toujours vrai).
Les notes épicées et goudronnées du début restent présentes mais s'arrondissement progressivement en une liqueur ronde et tenace, aromatique, légèrement poivrée, anisée, finement vanillée.
C'est marrant car, au départ, ce parfum qui a retenti pour moi comme un appel à plus d'audace, plus de confiance (...), ne me faisait pas vraiment penser à du sable, si ce n'est l'image, vaguement cliché, d'un désert brûlant  où se serait  échoué je ne  sais quel aviateur forcément héroïque (ah, le pouvoir évocateur de la térébenthine, chiffons graisseux, mains abîmées...) mais plutôt à la chaleur du soleil sur la peau, au moment précis où on commence à bronzer... ou brûler ! Moment qui correspond en général à un pic de sérénité sans pareil ! 
A présent, je discerne davantage l'évocation des dunes qui se succèdent à perte de vue, et surtout du sable qui file entre les doigts : souple, persistant, inépuisable...