22.04.2009

Mise en boîte à l'italienne

En attendant les prochaines vacances, allez donc vous promener du côté du Palais royal. À la Comédie française, on joue en effet jusqu’au mois de juillet une pièce lumineuse, aussi brillante et émouvante que les guirlandes multicolores des bals d’été.

L’été, justement, on y est. Dans cette petite station au luxe vétuste des environs de Naples, la saison est même assez avancée et on commence à s’ennuyer ferme. Le spectacle désopilant que livrent en pâture les Di Spelta – lui, taciturne et méfiant, jaloux comme un pou ; elle, charmante et asphyxiée – ne suffit plus à amuser la galerie. Mais voilà qu’arrive le grand, l’unique, que dis-je, l’incroyable prestidigitateur Otto Marvuglia ! Las, le magicien se révèle vite désenchanté… et néanmoins décidé à user de ses pouvoirs – et d’autres trucs pas très magiques – pour satisfaire la commande d’un aventurier fortuné, qui mettrait bien la belle Marta Di Spelta dans son lit.

La Grande Magie 1003.jpg

Sans attendre, le spectacle commence. Adroitement, le magicien fait monter sur scène Mme Di Spelta, avide d’expériences. Elle entre dans un sarcophage – certifié d’origine… et hop, disparue la Marta ! Évidemment, son mari jaloux ne l’entend pas ainsi. Il réclame qu’on fasse réapparaître sa femme. Le prestidigitateur est pris au piège, mais ne se laisse pas démonter pour autant. Abracadabri, abracadabra… il livre au cocu, devant tout le monde, une petite boîte : s’il a confiance en sa femme, Di Spelta sait qu’elle ne saurait être ailleurs que dans cette boîte, s’il n’a pas confiance, alors qu’il ouvre la boîte et on verra ce qu’on verra…

Semant le doute et la honte dans l’esprit de Calogero Di Spelta, le magicien le met en face d’un choix existenciel : vaut-il mieux conserver les apparences au prix d’une illusion ou affronter la réalité et accepter la déchéance ?

La Grande Magie 4007.jpg

Mais Di Spelta est obstiné. Il pousse le magicien dans ses retranchements, jusqu’à celui-ci lui révèle le grand secret, celui du troisième œil : la disparition de Marta n’est qu’une illusion ; le temps qui s’écoule n’est qu’une représentation de l’esprit ; les autres ne le savent pas, mais tout cela n’est qu’un jeu ; il suffit d’ouvrir la boîte et la femme aimée reviendra…

À ce compte, on peut se permettre beaucoup de choses : rester en pyjama quatre années durant, extorquer des milliers de lires ou parler aux canaris… mais la vie rôde, les cheveux grisonnent et les jeunes filles meurent… Plus le temps passe, plus l’illusion s’avère nécessaire.

Ainsi racontée, l’histoire est terrible mais, ne vous y trompez pas, il y a des rires et des finasseries auxquelles on ne résiste pas. Les seconds rôles sont excellents, le rythme est vif, la mise en scène pleine d’idées et de légèreté. Le magicien fatigué (Hervé Pierre) et le mari trompé (Denis Podalydès) sont prodigeux : ils suscitent les sentiments les plus divers, du fou rire à la colère ou la peur. Bref, toute la vie dans un fauteuil ou, sur un air d’Italie, un avant-goût de vacances.

La Grande Magie 2005.jpgÀ la Comédie française, en alternance jusqu’au 19 juillet

La Grande Magie, Eduardo De Filippo, mise en scène par Dan Jemmet

13.04.2009

Je me demande si...

le Tigerhase n'est pas au lapin de Pâques ce que James Bond aurait voulu être pour Jean-Pierre Léaud.
Tigerhase à l'endroit.jpg
Michael Sowa, Tigerhase, www.inkognito.de

03.04.2009

Quatre saisons ou peut-être cinq

C'est ce que m'évoquent ces quelques photos d'un artiste roumain, Camil Tulcan

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camil tulcan_01.jpg
 
Reflection
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Camil Tulcan - back to colors.jpg
Back to colors
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camil tulcan_02.jpg
:) my new home
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Camil Tulcan - Making of Take 03.jpg
Making of - 3
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Camil Tulcan D-R-E-A-M poster.jpg
D-R-E-A-M poster
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Cette dernière photo pourrait aussi s'intituler "lève-toi et cours"...
Je la trouve moins "belle" que les autres,
mais quel à-propos et quelle drôle de façon de détourner les composantes lugubres
d'un couloir d'hôpital.
Cela ne vous donne pas envie de courir voir ce qui se passe derrière ce tournant, vous ?
Moi, si.
D'ailleurs, je suis partie.
 
  

01.04.2009

Scrabble

Cherche mot en x lettres pour qualifier le cas d'un individu

ayant égaré ses papiers

pour la deuxième fois en trois mois

 

Phrase compte triple car extrême lassitude

Litchy ko ko - flickr - bis.jpg

(Dans cette photo sens dessous dessus, j'aime surtout l'esquisse d'une carte sur le 'mur',

ça et les noms d'oiseaux qui volent)

30.03.2009

Douceur sans mièvrerie

Est-ce la facilité, ou le goût des belles images, guet-apens tout trouvé pour attirer le chaland ? Je me rends compte que je parle volontiers ici des livres pour enfants, ce qui ne correspond pas du tout à ce que je lis en réalité (mais si le sujet vous intéresse, on peut en parler !).

Néanmoins, je ne résiste pas à l'envie d'offrir de temps en temps l'un de ces livres enchanteurs. Au top du top, il y a Leo Lionni et ses Petit Jaune et Petit Bleu ou l'origine de ma fascination pour les couleurs, toutes les couleurs... et peut-être pour les mélanges hasardeux aussi !

Aujourd'hui, je voudrais vous parler d'un livre plus récent, l'un des plus réussis que je connaisse. Toutes mes amies qui connaissent les-joies et le reste de-la-maternité y ont droit et c'est toujours avec une certaine émotion que je leur apporte ce présent - immanquablement bien avant que leur petit ne soit en âge de le lire, mais peu importe, puisque ce livre ne s'adresse pas qu'aux enfants.

Les Douze Manteaux de maman, écrit par Marie Sellier et illustré par Nathalie Novi, esquisse le portrait d'un petit garçon rêveur qui pense à sa maman

Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre et m'aime et me comprend...

bon, d'accord, elle était facile, celle-là ! mais approprié car le texte est très poétique et les images subtiles invitent à la rêverie et puis...

Douze manteaux de maman.jpg

Dans son mateau mille pages
se cachent les lutins et les trolls,
les sorcières et les dragons
de tous mes livres d'images.
Quand la nuit tombe,
ils bondissent sur mon lit
et font de drôles de sarabandes.

À chaque page, apparaît donc un nouveau visage ou plutôt un nouveau manteau de cette mère tour à tour merveilleuse ou sévère (injuste ?), souvent câline et parfois furieuse...  bref, pas toujours facile à vivre !

Elle crie : "J'en ai assez."
Une porte claque. Papa me dit :
"Allez, ça va passer,
Maman, ce soir, est fatiguée."

... voluptueuse dame tartine ou reine lointaine, absorbée dans ses pensées.

Quelques images évoqueront, mieux que ma paraphrase, la délicatesse de ce livre, magnifique.

Les-douze-manteau-de-maman-_Marie Novi.jpg

les_12_manteau_de_maman_Marie Novi.jpg

Les-douze-manteaux-de-maman_Marie Novi - manteau de feu.jpg

Bref, un sujet délicat magistralement traité, de beaux moments à partager et, loin des bouquins psycho et des discussions de bonnes femmes, une jolie manière de se réconcilier (virtuellement) avec sa mère, ses grand-mères, voire toutes les femmes qu'on porte en soi (si, si !)... et éventuellement de justifier la possession d'une garde-robe à leur mesure !

Les Douze Manteaux de maman, Marie Sellier et Nathalie Novie, Le Baron perché, 2004

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Et hop, en bonus, un peu de fête du link puisque le hasard, de blog en blog, m'a amenée à visiter le site de quelques mamans-mais-pas-que... j'ai apprécié en particulier ces pages attachantes, voire impressionnantes.