19.03.2009

Une fleur de cassie, Éditions Frédéric Malle

Puisque le jaune plaît, engouffrons-nous dans la fleur de cassie...

Ce qui frappe d'abord, dans ce parfum qui tient le monde à distance, plus sûrement qu'une doudoune ouateuse ou qu'un ténébreux garde du corps, c'est son côté poudreux (pas poudré) presque poisseux. On a l'impression d'avoir mis la tête dans un bouquet de mimosa ! Les notes lumineuses et fleuries flottent en l’air comme du pollen et montent à la tête. C'est une senteur lourde, épaisse, d’un vert sourd et jaune, qui me fait penser à la coriandre, à des senteurs légumineuses ! On a l’impression de s’enfoncer dans un jardin délaissé, où persiste pourtant la présence pesante et retenue du maître des lieux, homme ou animal... On n'y est pas le bienvenu. Il faut se courber pour passer sous les branches feuillues qui ploient sous le poids des fleurs. Il faut regarder où on met les pieds entre les plants de légumes emmêlés. Au milieu se dresse, massif, un arbre en fleurs, dont l’exubérance attire les pas. De plus près, on distingue mieux la façon dont les fleurs se détachent sur la masse des feuilles solidaires. Mais comme on s’approche pour saisir un signe tangible de ces fleurs qui embaument et s’envolent sous les doigts, les feuilles trop lisses se refusent à toute prise. Reste la solidité du bois souple et vert sous les doigts, vert mais pas acide, non ! Branches et feuilles portent haut leurs fleurs comme des pierres précieuses, délicates et majestueuses.

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C'est un parfum qui me plaît et me poisse, m'étonne et m'émeut. Il forme autour de celui qui le porte comme une boule de lumière mouvante, à la fois résistante et délicate, et m'évoque irrésistiblement ce poème de René Char : Congé au vent :

À flancs de coteau du village bivouaquent des champs fournis de mimosas. À l'époque de la cueillette, il arrive que, loin de leur endroit, on fasse la rencontre extrêmement odorante d'une fille dont les bras se sont occupés durant la journée aux fragiles branches. Pareille à une lampe dont l'auréole de clarté serait de parfum, elle s'en va le dos tourné au soleil couchant. Il serait sacrilège de lui adresser la parole.
L'espadrille foulant l'herbe, cédez-lui le pas du chemin. Peut-être aurez-vous la chance de distinguer sur ses lèvres la chimère de l'humidité de la Nuit ?

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Une fleur de cassie, par Dominique Ropion pour les éditions Frédéric Malle

19.02.2009

Dzing ! L'Artisan parfumeur

On a beau dire, c'est aussi bien que l'hiver dure un peu. Autrement, il faudrait abandonner trop vite tous ces fabuleux parfums cuirés, moelleux comme des édredons... et plus chics que des doudounes, fussent-elles siglées !

Pour faire pétiller un jour brumeux, Dzing! est l'un des plus beaux déguisements que je connaisse. Son exubérance, subtile et maîtrisée, évoque immédiatement l'atmosphère d'un chapiteau, sous lequel on se blottit - des lumières pleins les yeux, et le nez chatouillé par le parfum des pralines, tandis que l'odeur de sciure se mêle au goût du caramel, les fraîches et pâles roses de la diva locale au fumet vanillé du cuir patiné. Non, ne fuyez pas, l'écurie est loin! Reste la magie d'un spectacle inattendu, dont on ne peut humer la trace qu'à même la peau.

Comme Yvresse, autrefois nommé Champagne, ce parfum provoque un sursaut de sourire. Et, certes, avec Yvresse, on se lève tous pour danser (Girls just wanna have fun)...

Dzing!, lui, est autrement malicieux : d'abord, il nous scotche là. Assis dans les gradins, enfants aux yeux brillants, nous retenons notre souffle, fascinés par les numéros qui s'enchaînent, comme autant de prodiges inventés par un merveilleux presdigitateur. Mais soudain, tagada tsouin tsouin, nous voilà entraînés à la suite d'un petit lapin blanc au fond du haut-de-forme doublé de soie grenat, et nous en surgissons pour être tour à tour les plus fameux héros de cette parade endiablée : apparition de M. Loyal, condescendance des fauves, hardiesse du dompteur, danse des sept voiles, précision du trapéziste, au bout des chaussons le vide, course des machinistes, grâce des éléphants, cruautés des clowns, jupes de l'écuyère, chevaux au grand galop, paillettes et grelots, fureur du contorsion-niste, mégalomanie des empileuses de porcelaines chinoises, explosion de la femme-canon...

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(c) Karol Rouland
 
Qu'il est doux quelquefois de vivre dangereusement... ou à peu près !
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09.02.2009

Tabac blond, Caron

Repartons dans les années vingt, si vous le voulez bien, avec un parfum créé en 1919 par une des plus grandes maisons de la parfumerie française, Caron. C'est une maison pour laquelle j'ai une tendresse particulière car les parfums sont soigneusement entretenus, et les jus vous habillent comme le feraient des robes, aussi soyeuses que somptueuses : haute-couture en douce...

Certes, pour apprécier les parfums de Caron, mieux vaut aimer les parfums charpentés, dont la subtilité s'appuie sur une architecture riche et travaillée. D'ailleurs, il est amusant de se rappeler que, dans ces années-là, on appréciait  les beautés aux corps fermes et vigoureux... également bien charpentés !

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Lee Miller en 1930, par G. Hoyningen Huene (c) VAM

Mais je m'égare... C'est qu'il est difficile d'aborder Tabac blond, sans tomber dans le cliché ! Tout le monde le sait : 1919, c'est la fin de la guerre, les jupes raccourcissent, les femmes s'émancipent, les barrières tombent entre boudoirs et fumoirs, les cigarettes américaines deviennent obligatoires... et Caron crée Tabac blond : le cuir se mêle à la poudre et se fait presque duveteux, dans une explosion d'ambre, de patchouli, tilleul et vetiver : puissance et profusion. Pas d'hystérie, ça non ! On y reste blottie, comme dans une fourrure claire, avec  l'effet d'être une panthère qui se promène incognito dans la ville - présence silencieuse et nonchalante.

A la fois doux et puissant, Tabac blond est pour moi un parfum qui réclame le grand air, un T-shirt blanc et une bonne dose d'autodérision... comme ces magnifiques proto-motardes du tout début des années trente, prises en flagrant délit d'aventure immobile, en espadrilles ou carrément pieds nus ! 

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Si vous êtes à Paris, allez donc faire un tour, juste pour le plaisir, dans le salon de lingerie, façon boudoir, du Bon Marché. Les vendeuses y sont charmantes et vous feront volontiers découvrir ces jus très particuliers, plutôt concentrés (eau de parfum et extrait), qui sont exposés dans des fontaines de parfum, où l'on puise de quoi remplir des flacons choisis à votre guise. Un vintage marketing, oui, mais très séduisant !

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31.01.2009

Bornéo 1834, Serge Lutens

Il est des parfums qu'on ne peut porter car ils réveillent trop d'émotions...  All that I want was here / now it's gone. Bornéo 1834 est pour moi de ceux-là. Lorsque tous les invités sont partis, ne restent dans l'appart' vide que les cadavres des bouteilles éparpillés, des lumières trop franches et un masque au charme épuisé. Tout ça pour ça ? Patchouli, cacao, tabac. Femme forte, lève-toi !

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et flacon sophistiqué.
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15.12.2008

Sacrebleu, Parfums de Nicolaï

Sacrebleu ! En voilà un qui a l'art de me mettre le sourire aux lèvres. Qu'il pleuve ou qu'il vente (ou les deux, comme en ce moment,
ô joie !), ce parfum me fait l'effet d'une brassée de bulles en plein vol.
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(c) Christophe, à Avignon *
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D'abord viennent les notes de tête pétillantes - groseille, framboise, mandarine... - des notes gourmandes, rafraîchies de feuillages et d'éclats d'anis (?). Puis monte la cannelle, réchauffe, fait crépiter le cortège de fleurs blanches mais pas sainte-nitouche (attention, tubéreuse !) qui s'égaient dans les allées.
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Les voix de basse viennent en renfort - notes boisées, musclées, solides : vous prendrez bien un peu de patchouli, à moins que vous ne préfériez une onctueuse vanille, servie dans d'exotiques coupes de santal ?
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La garden party fut très réussie
et la soirée se prolongea tard dans la nuit.
 
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Et, pour vous montrer le flacon, un aperçu de ma salle de bain... et de ma participation au concours organisé sur PARISMAGES sur le thème de "la beauté du quotidien". Allez voir, ça vaut le détour !
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* Comme d'habitude, c'est pénible. Il faut cliquer pour voir la photo en beau !

27.08.2008

Vetiver, Annick Goutal

Ce soir, je voudrais vous parler de ma seconde "rencontre" goutalesque... autrement simple et salée, celle-là ! Il s'agit du Vétiver, le plus rude, le plus fumé que je connaisse, pour l'instant.

Ma première impression fut celle d'un raz-de-marée vert sombre et salée, une forêt de pins mouvante et dévorante à l'infini:

WOUCHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH !

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Depuis que je le porte, il me semble plus calme et plus serein.

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C'est une plage abandonnée aux promeneurs du soir. Leur peau ensoleillée garde le goût de l'iode. Ils sont contents de se retrouver sur la terre ferme, enfoncent avec délice leurs pieds nus dans le sable et savourent dans un joyeux silence leur dîner frugal tandis qu'un petit feu claque gaiement au vent.
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(Photos Flickr (c) 1.Sylvie Djinn / 2.Ecototo)

06.08.2008

Quelques fleurs, Houbigant

Au début, ce parfum me semblait parfaitement inintéressant. C'est idiot, mais le nom me semblait trop vague, la marque "provinciale" (oui, je sais, c'est idiot...) et les échos des trémolos qui l'escortaient sur le forum tandis qu'il circulait en douce suffisaient à m'exaspérer...

Et puis Pretty est venue à Paris et m'a donné un échantillon, SON échantillon.

Il a bien fallu que je l'essaie.

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Subtil et mouvant, comme une fine mousseline oubliée sous la tonnelle un soir ému, qu'on retrouve à l'aube, humide de rosée.

Rien de mièvre là-dedans.

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C'est un parfum qui a été créé en 1912* et, dit-on, le premier parfum composé comme un bouquet, de plusieurs fleurs.

 A côté, les créatures de Guerlain semblent massives, alambiquées, empêtrées dans leur voilette, leur poudre, leur architectures compliquées. C'est une toute autre image de la féminité, pas moins forte.

 

Image: (c) BL aufilde

* Je ne peux m'empêcher d'imaginer les gestes des jeunes femmes qui, quelques années plus tard, parfumeraient les lettres qu'elles écriraient d'une ou deux gouttes de Quelques fleurs, avant de les laisser partir, douces et ardentes, vers la boue du Nord.

Sables, Annick Goutal

Difficile de trouver une image qui décrive justement ce parfum étrange, discordant, déconcertant...

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Ma première impression fut forte et déconcertante:
qu'est-ce que ce mélange de réglisse et de goudron faisait dans un flacon estampillé "bon chic et bon genre"?
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Mais comme j'adore l'odeur de térébenthine, j'en ai redemandé ! Ce parfum ne ressemblait à rien d'autre de ce que j'avais senti jusque là, il avait une présence, une chaleur, une urgence qui ne ressemblait à rien de ce que je connaissais (et c'est toujours vrai).
Les notes épicées et goudronnées du début restent présentes mais s'arrondissement progressivement en une liqueur ronde et tenace, aromatique, légèrement poivrée, anisée, finement vanillée.
C'est marrant car, au départ, ce parfum qui a retenti pour moi comme un appel à plus d'audace, plus de confiance (...), ne me faisait pas vraiment penser à du sable, si ce n'est l'image, vaguement cliché, d'un désert brûlant  où se serait  échoué je ne  sais quel aviateur forcément héroïque (ah, le pouvoir évocateur de la térébenthine, chiffons graisseux, mains abîmées...) mais plutôt à la chaleur du soleil sur la peau, au moment précis où on commence à bronzer... ou brûler ! Moment qui correspond en général à un pic de sérénité sans pareil ! 
A présent, je discerne davantage l'évocation des dunes qui se succèdent à perte de vue, et surtout du sable qui file entre les doigts : souple, persistant, inépuisable...