27.04.2009
D'or et de sang
Mon ordinateur fait des siennes, alors je le délaisse et j'en profite pour faire des promenades moins virtuelles... et plus fréquentées. Ceci est un euphémisme concernant l'exposition que le musée Jacquemart-André consacre en ce moment aux "Primitifs italiens". Il y avait foule ce vendredi matin dans les petites salles lambrissées, et pas que sur les parquets. Les tableaux regorgeaient de personnages et ces visages, offerts à la contemplation... ou à l'imagination des visiteurs, n'avaient rien à envier en vivacité à ces derniers, tantôt dociles, tantôt exaspérés.
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03.04.2009
Quatre saisons ou peut-être cinq
C'est ce que m'évoquent ces quelques photos d'un artiste roumain, Camil Tulcan
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mais quel à-propos et quelle drôle de façon de détourner les composantes lugubres
19:54 Publié dans Expos and co | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : camil tulcan
10.03.2009
Shopping & charity
L'évènement annoncé n'a pas eu lieu... ou plutôt il a été retardé, mais tout le plaisir est dans le suspens, et n'est-ce pas délicieux ?
Du coup, je vous en ai dégoté un autre, si l'on veut.
On dit "Merci" !
... mais peut-être en avez-vous déjà entendu parler ici ?
Je vous parlais l'autre jour de fondations... et voici que je tombe samedi sur un truc tout à fait séduisant. Je m'baladais boul'vard Beaumarchais, en grande discussion avec mon amie J. au sujet de ce projet de café-librairie auquel tout le monde a rêvé au moins une fois dans sa vie (fauteuils club obligatoires), mais évidemment, en tant que professionnelles-du-livre, nous parlions de concret, d'innovation... - car il y a un vrai problème dont on ne parle pas assez, comment faire pour que les clients tout absorbés par leur lecture ne mettent pas leurs pattes pleines de crème Chantilly ou de confiture de myrtille sur les beaux livres neufs qu'ils feuillètent avant d'acheter (quand ils achètent) ? - ou encore et si on importait le principe d'Antiquariat si populaire outre-Rhin où certaines librairies se spécialisent dans le livre d'occasion et vous vendent des merveilles à peine cornées à tout petit prix, et si et si ? - mais voilà que nous passons devant le numéro 111. Super, me dites-vous. C'est que par la vitrine du numéro 111, voyez-vous, on aperçoit un café avec des étagères pleines de livres... Je ne peux m'empêcher de m'énerver toute seule "pfff, encore un autre, et j'suis sûre que c'est juste pour la déco"... À part moi, je remarque aussi que les gens devant ont l'air contents, comme s'ils étaient au bon endroit au bon moment. Alors nous décidons d'entrer.
C'était bien plus qu'un café : un vaste magasin, aussi familier que déconcertant, une installation éphémère et gigantesque* avec des lâchers de livres, des assiettes en sucre, des robes ailées, un service à thé, des coupons de tissu, du papier peint, du neuf, plein d'occas'... tout est à vendre, même les meubles, même les lampes - moins les artistes-ou-assimilés à résidence peut-être.





Tout premier charity-shop français, créé à la faveur de la loi de modernisation de l'économie, qui a instauré la formule du fond de dotation, c'est l'oeuvre de M et Mme Cohen, créateurs en 1975 de la marque Bonpoint (vous savez les barboteuses en liberty et les cols claudine). Arrivés à l'âge de la retraite, ils ont décidé d'en faire quelque chose, de poursuivre l'aventure commerciale, mais au profit cette fois d'actions humanitaires (basées en l'occurence à Madagascar, où travaillent une partie des fournisseurs de Bonpoint), c'est-à-dire qu'une fois le loyer et les salaires payés, tout le reste ira au bénéfice de ces organisations sur le terrain.
Ce qui donne donc : à Madagascar, une aide substancielle pour l'activité humanitaire et à Paris un magasin avec toutes sortes d'objets chinés et des marques aussi pour faire venir les gens... un magasin, oui, mais moins cher car les fournisseurs ont accepté de baisser leur marge (no comment sur les marges habituellement pratiquées). Par exemple, les parfums d'Annick Goutal sont proposés dans un flacon en verre rechargeable, sans cabochon ni fantaisie, avec une vraie remise... Sur ce coup, moi aussi, je dis "merci" !
Et cependant je m'interroge. C'est bien beau, tout ça, mais c'est encore acheter, acheter, acheter... ça me fatigue. Est-ce un effet de mode, l'inconfort stupide de ma situation actuelle, un semblant de maturité ?
Quand même, cela me donne envie d'y retourner pour savoir vraiment comment ça fonctionne, où va l'argent, ce qui en est fait sur place... et puis j'ai beau dire : voir de belles choses, c'est agréable !
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Merci à Florizelle aussi, dont je vous recommande le subtil mélange de bohème et de beauté, pour m'avoir permis d'utiliser ses photos, (puisque je doit être l'une des rares blogueuses de l'univers à ne pas avoir d'APN !)
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Merci - 111 boulevard Beaumarchais - 75003 Paris - ouvert du mardi au samedi, de 10h à 20h.
* on appelle ça aussi un "concept store", vous l'aurez compris.
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26.02.2009
Infiniment Inde
ou la suite des aventures d'Albert Kahn
J'en étais donc restée au moment où Albert Kahn décide de s'installer à Boulogne... Peine perdue, le désir de nouveaux horizons le reprend et bientôt, en 1908 exactement, il repart pour l'Asie, avec son fidèle destrier chauffeur, Albert Dutertre que, telle une certaine Anne-So avec son lomographe de mari, il forme à l'art de la photographie... Par la suite, entre 1909 et 1931, Albert Kahn envoie chaque année photographes et opérateurs professionnels, afin de photographier le monde en couleur (grâce au procédé des plaques autochromes) et filmer la vie en mouvement, constituant ainsi une formidable collection d'images, qu'il nomme tout simplement "Les Archives de la planète". C'est dans ce cadre que Stéphane Passet puis Roger Dumas vont, à quinze ans d'écart (1913 et 1928), sillonner l'Inde et tirer des milliers de portraits de ce sous-continent tumultueux.

L'exposition "Infiniment Inde" propose 150 photographies rapportées de ces voyages. On y voit aussi bien des brahmanes en pleine ablution que des cornacs du Rajasthan, des porteurs d'eau de Bombay que le grand poète Tagore, des masures en terre sèche que des palais aux décors précieux, ou des temples de toutes sortes... Passant au gré des photos de visages en paysages, on est un peu perdu mais surtout ému par toutes ces traces d'un monde disparu, véritable kaléidoscope d'histoires et d'impressions.



Mais ce que j'ai préféré, ce sont les salles de la mezzanine, où sont expliquées les relations complexes entre les colonisateurs anglais et les chefs des nombreuses principautés indiennes, différemment traités selon l'ancienneté de leur lignage, leurs puissances... et leurs richesses. Justement, en 1927, Roger Dumas est invité à filmer les festivités organisés en l'honneur du jubilé d'or du maharajah de Kapurthala, au Punjab... et nous voilà aux premières loges pour apprécier les cérémonies fastueuses et compassées célébrées en présence du vice-roi des Indes, puis celles des jours suivants, lorsque le maharajah reçoit ses homologues indiens : l'atmosphère y semble nettement plus détendue, plus souriante... et un peu plus bedonnante aussi ! Tous n'avaient cependant pas adopté la même ouverture bienveillante envers l'Occident : un autre documentaire montre la résistance passive mais fière qu'opposait aux Britanniques le maharana du Rajasthan, qui gouvernait notamment la merveilleuse ville d'Udaïpur...

Cent ans plus tard, ce monde a bel et bien disparu, mais les forces vives sont toujours à l'oeuvre, et on n'a pas trop de quatre hectares de jardins pour rêver du passé, débattre sur les passions qui colorent ces photos ou délirer à loisir autour des aphorismes aussi savoureux que sentencieux du barbu Rabindranath !
La fin de l'histoire est triste, car la crise de 1930 provoqua la ruine d'Albert Kahn et la fin de ses projets, mais celui-ci avait tout de même eu le temps d'initier une véritable aventure artistique et culturelle, espérant favoriser par "la connaissance de l'autre" un peu plus de paix dans le monde.
Et comme il n'y en a pas que pour les Parisiens ici, les autres peuvent avoir un petit aperçu de l'expo là ou encore là.
Bon, la prochaine fois, on parlera de monsieur Guimet et du musée éponyme. Et vous, si vous étiez plein aux as, quel genre de fondations aimeriez-vous créer (bah quoi, on peut rêver !) ?
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Infiniment Indes
Photographies de Stéphane Passet et Roger Dumas
Du 17 juin 2008 au 8 mars 2009
Musée Albert-Kahn , Boulogne-Billancourt (92)
Tarif : 1,50 € ; < 12 ans gratuit
02:34 Publié dans Expos and co | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : l'inde à paris, photographies, jardins parisiens, un peu de vert
24.02.2009
L'Inde à Paris ou à peu près

Inutile néanmoins de défoncer les plates-bandes, briser les vitres des serres ou plonger dans le bassin des poissons placides : le trésor n'y est pas. Il est bien plus dans l'histoire et la quiétude de ce merveilleux endroit, où l'on trouve en toutes saisons ce qu'il faut d'inspiration à nos vies agitées.
La quiétude, vous la trouverez vous-mêmes, mais je vais vous raconter l'histoire... bien plus à mon goût que Tintin, Treize ou De Cape et de crocs (encore que).
Albert Kahn (1860-1940) était le fils d'un marchand de chevaux alsacien. À la suite de l'annexion de l'Alsace-Lorraine par l'Allemagne (1871), il s'installe avec ses parents et ses frères et soeurs à Paris. Quelques années plus tard, il entre dans la banque Goudchaux où il fait son chemin, spéculant (bouh !) sur les actions des compagnies d'or et du diamant de Transval... Il se tourne progressivement vers le Japon, où il fait des investissements de plus en plus importants, développant au passage une relation amicale avec Hichiro Motono, ambassadeur du Japon en France ainsi qu'avec la famille impériale du Japon (ça, c'est pour la page people).
Mais cela ne lui suffit pas, il se prend à rêver d'un monde pacifié, réconcilié : il s'installe alors à Boulogne, dans une propriété couvrant plusieurs hectares, et décide d'y faire aménager des jardins mêlant les horizons du monde entier : jardin anglais, jardin français, paysage japonais, forêt bleue, forêt dorée, verger-roseraie...




23:02 Publié dans Expos and co | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : l'inde à paris, photographies, jardins parisiens, un peu de verdure
24.01.2009
Fourrures, perles et culture
Dimanche s’achève une belle exposition, consacrée à Anton van Dyck (1599-1641). Le musée Jacquemart-André présente toute une série de portraits peints par l’artiste, promu très jeune au rang de surdoué, au cours d’une vie qui le mena d’Anvers (où il fut l’élève de Rubens) à l’Italie (où il étudia Titien et Véronèse) pour terminer comme peintre de cour en Angleterre, au service du Stuart Charles Ier (celui-là même qui avait épousé Henriette de France, sœur de Louis XIII, et fut décapité en 1649 – vous suivez toujours ?).
Bref, la galerie de portraits est fascinante ! Les personnages semblent nous regarder, comme si nous défilions pour leur plus grand divertissement. À commencer par Van Dyck lui-même… qui n’est pas non plus déplaisant à zieuter !
Mais c’est aussi une occasion formidable d’inventer des histoires en puisant dans les tableaux de quoi alimenter notre imagination. Ce que j’adore, c’est m’imaginer ce que ces personnages auraient donné à notre époque. Ces deux-là, par exemple, pourraient sans problème, à condition de troquer leurs armures contre un attirail American Apparel/converses, figurer dans la foule des Eurockéennes.

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D'autres, au contraire, nous entraînent vers un monde disparu, comme cette très jeune femme aussi fraîche qu'énigmatique, qui mourut quelque temps plus tard, en mettant au monde deux petites filles…

Enfin, ce que j’ai retenu, c’est la splendeur des détails, le raffinement des cols et des parures de dentelles, et surtout l'éclat de toutes ces perles… Même les hommes en portent aux deux oreilles -- et on les comprend !

(Charles Ier, en 1637)
Éblouie par tant d’éclats, de retour à la maison, j’ai attrapé perles et doux goupil (vive la bourgeoisie !) et me voilà parée pour hanter la campagne anglaise.

Hélas, mon teint poladroidé ne soutient pas la comparaison avec celui de la belle Maria...
et ma parure non plus !
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En guise d'accompagnement, une composition de William Bird, qui faisait autorité en matière de musique à la cour de Charles Ier... évidemment, c'est difficile de dire ce que ça donnait à l'époque.
02:10 Publié dans Expos and co, Le potentiel poétique de ma garde-robe (si, si !) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : portrait, dix-septième siècle, perles


