11.11.2009

Lumière en cage

D'une guirlande entortillée dans une cage à oiseaux dénichée sur Ebay, a surgi une nouvelle lampe.

Dyptique - lumière en cage.jpg
Je suis contente car pour une fois, le résultat ressemble un peu à ce que j'imaginais.


Je gardais dans ma mémoire l'éclat mystérieux de cette lanterne magique, qui déployait dans les premières pages La Recherche du temps perdu ses charmes impuissants à consoler le petit Marcel.

"On avait bien inventé, pour me distraire les soirs où on me trouvait l’air trop malheureux, de me donner une lanterne magique, dont, en attendant l’heure du dîner, on coiffait ma lampe; et, à l’instar des premiers architectes et maîtres verriers de l’âge gothique, elle substituait à l’opacité des murs d’impalpables irisations, de surnaturelles apparitions multicolores, où des légendes étaient dépeintes comme dans un vitrail vacillant et momentané."

Force est de reconnaître, à la relecture, que ça n'a pas grand-chose à voir avec mon installation de fortune !


Qu'importe, à force de caresser ma lampe du regard, je lui trouve quand même un p'tit truc magique.
Dyptique - danse nocturne.JPG
Pas de légendes imposées, juste quelques associations librement chuchotées...

Ce soir, je n'ai guère le temps de raconter des histoires, alors je vous laisse avec la lampe allumée...
Dyptique n1b- d'autres oiseaux.JPG
[Achtung copyright ! Dyptiques composés avec :The Falling Rocket, James Abbott Mc Neil Whistler;
Girl's Night Out, Carl Kleiner; carte postale achetée à l'île de Ré (Éditions du Regard ?)]

29.09.2009

La vie en rouge

La vie en rouge.jpg
"On dirait un aéroplane qui tombe.
C'est moi.
Passion
Feu
Roman-feuilleton
Journal
  
On a beau ne pas vouloir parler de soi
Il faut parfois crier"
  
Blaise Cendrars
1913
- - -
Souvent, dans mes travaux, je me cogne aux années qui précédèrent la Grande Guerre.
Quelle ébullition !
Et si et si il n'y avait pas eu tous ces morts...
et tous ces survivants, la conscience écartelée ?
- - -
Rouge éperdu.JPG
- - -
Aujourd'hui, j'avais juste envie de tout mélanger
avec, par ordre d'apparition :
 cliché d'un été haut en couleurs (sandales D. Co* / vernis Mavala / trépied Habitat !)
maux d'un autre
questionnements gratuits
déception et consolation
 
 
   C'est un peu à tout ça que me fait penser le point sur le i**.
 
 
 Happy blog day, Lisa !
 
* qui, pour celles que ça intéresse (!), ont fini par remplacer celles-ci, trop grandes ou trop petites, malgré toute l'amitié de B!
** qui m'aura fait comprendre qu'il n'y a pas de honte à rougir de trop d'émotions...

28.09.2009

Rendez-vous qui sait

Qui a dit qu'à Paris on vivait comme des lapins en cage ?

Moi souvent.

Mais pssst !

Je crois que j'ai trouvé où l'Osterhase retrouve ses amis en catimini.

Le rendez-vous des lapins exilés, des farfelus, des amoureux des pas perdus...

Fin septembre 2009 001.jpg
Hier, l'ancienne voie ferrée de la Petite Ceinture avait sous le soleil le charme de l'école buissonnière.
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Certains enferment l'art de la rue dans des églises de verre,
je préfère aller le dénicher dans ce musée à ciel ouvert.
Fin septembre 2009 04.jpg
Fin septembre 2009 05.jpg
Même les immeubles qu'on aperçoit tout proches prennent des airs sympathiques...
Ne dirait-on pas des ateliers d'artiste (c'est mon trip du moment !) ?
Fin septembre 2009 02.jpg
Bon, sans le vouloir, nous avons fait cette excursion l'un des rares jours où le site était ouvert au public,
mais les plus aventureux trouveront bien le moyen de se faufiler dans un trou de grillage pour une petite escapade.
 
***
Rendez-vous place Balard...
Pas vu, pas pris !
 
 

 PS : celui ou celle qui reconnaît la référence du titre gagnera toute mon estime et un clin d'oeil en prime.

22.07.2009

Berliner Sommer

Berlin.JPG
Je reviens de loin pour célébrer la fête du link.
Mon tour est venu de participer à ce grand chassé-croisé sur la toile...
Rails.JPG
Je reviens de Berlin, j'en parlerai demain.
En attendant, allez ici, ici, ici, ici.
Ce sera presque comme si vous y étiez.
  
Par dessus le Mauer Park.JPG
Je reviens d'une ville où je n'avais pas mis les pieds depuis trois ans.
C'est long trois ans,
loin de cette ville où j'ai connu mes plus grandes solitudes et mes plus grandes angoisses,
(s'il vous plaît, cliquez sur ce lien - j'y tiens)!
...
C'était bien de prendre son temps
avant de revenir
dans cette ville pleine de projets étrangers.
...
Mes photos sont de bric et de broc, désolée.
C'est ça aussi, Berlin.
.
...
Je voulais mettre Geile Zeit (la vidéo est... weird),
mais c'est pas grave...
Wir sind Helden, c'est très 2005-2006 aussi !
.
Et puis comme ça fait karaoké, vous pouvez chanter aussi :
oh bitte, bitte, gib mir nur ein Wort...
: )

07.06.2009

Still Singing

Ça faisait longtemps que je n’étais pas allée au cinéma. J’avais envie de salles obscures, où l’on plonge dans le film sans préambule, ni bandes-annonces saccadées. J’avais d’ailleurs trouvé le film qui allait avec : quand on s’appelle Still Walking, on doit être plutôt du genre à ne pas trop en faire côté logorrhée, non ?

 

still-walking.jpg

 

En fait, c’est très bavard pour un film japonais (désolée pour les clichés stupides que je véhicule : le cinéma asiatique et moi, c’est récent), normal, remarquez : on assiste quand même à une réunion de famille. Dans la cuisine, la mère de famille s’agite et régente. Sa fille, mignonne écervelée, l’aide et se marre. Elle a un plan derrière la tête. En attendant, on a l’eau à la bouche devant le croquant du radis cru, l’huile qui pétille, la tempura qui croustille, le maïs qui saute de joie… Le thé se boit glacé et les enfants sont excités. L’atmosphère se teinte d’un léger malaise avec l’arrivée de Ryôta, le fils, qui vient d’épouser une jolie veuve dotée d’un fils morose et secret. Quant au père, on en entend beaucoup parler, mais on ne le voit guère : il ne sort de son bureau que pour manger, bougon.

 

 

Still walking à table.jpg

 

 

C’est l’été à Yokohama. Dehors, il fait chaud. La journée s’écoule lentement, la caméra s’attarde sur les visages, les objets, les coins et recoins d’une maison fraîche et sombre. Pour un peu, on aurait presque envie de bailler… on passe son temps autour de la table, et quand on n’y est pas, c’est soit qu’on prépare la suite, soit qu’on range la cuisine, soit qu’on fait une promenade digestive... au cimetière, par exemple ?

 

La vérité, c’est que ces retrouvailles n’ont rien de spontané : c’est le jour anniversaire de la mort d'un autre fils, le fils aîné qui s’est tué en sauvant de la noyade un enfant imprudent. L’enfant sauvé des eaux a grandi – grossi surtout. Il est convié tous les ans à rendre compte de la vie qu’il mène, pour la vie qu’il a prise...

 

Still Walking - dans la chambre.jpg

 

Au fil des scènes se dessinent les liens subtils et tenaces qui tiennent les uns aux autres, il est question de chansons secrètement préférées, de parents qui vieillissent, du métier qu'on fera plus tard. Apparaissent aussi les soucis qu’on cache, les cadeaux qu’on voudrait et ceux dont on ne veut pas… et souvent, au détour de confidences sur un ton bon-enfant, fuse une phrase assassine qui se perd aussitôt dans l’étoffe des kimonos exhumés des tiroirs, la vapeur d’une salle de bain embuée, les attentions affectueuses et parfois étouffantes. Rien ne se passe, et pourtant on ne se lasse pas de se laisser surprendre par les sons gutturaux de la langue japonaise. Les papillons volent et l’humour qui perle au creux des phrases et des situations laisse deviner qu’il y a de la place aussi pour la liberté.

 

Still Walking - Ryôta.jpg

 

Still Walking est un film sans histoire : il n’y a pas de gagnants, pas de perdants. Tous les acteurs sont excellents. On a le temps de se faire une idée sur les personnages, et puis d’en changer, de s'y attacher, et même de les laisser aller. Cela aère jusqu'à nos propres histoires de famille et, curieusement, c’est reposant !

 

 

 

 

Pour rester dans le thème, nous sommes allés ensuite prendre un menu sushi et tempura au Japonais du coin. Evidemment, c’était beaucoup moins bon que dans le film.

 

Voir aussi une intéressante critique ici.

06.06.2009

Fenêtres ouvertes

Wieder da.

Je n'étais pas loin... ou bien si, quand même.

La maison s'écroule mais chaque année, pendant quelques semaines, par la magie du printemps, lumière et fleurs adoucissent toutes choses... surtout l'absence.

Dans la maison vieille - mosaique.jpg

Et maintenant, retour à la jungle urbaine:

à moi, les urgences, les excuses, les impro, les heures perdues et les nuits blanches,

les obsessions modesques, les coups de coeur superflus, les amis les amis,

le réseau, la recherche d'un emploi durable...

et les concours-photos !

Yeah !

18.05.2009

Trente chandelles

Le week-end était sur le point de s'achever lorsqu'a surgi mon cadeau d'anniversaire :

Arc en ciel d'anniversaire.jpg
Merci, l'ami !

22.04.2009

Mise en boîte à l'italienne

En attendant les prochaines vacances, allez donc vous promener du côté du Palais royal. À la Comédie française, on joue en effet jusqu’au mois de juillet une pièce lumineuse, aussi brillante et émouvante que les guirlandes multicolores des bals d’été.

L’été, justement, on y est. Dans cette petite station au luxe vétuste des environs de Naples, la saison est même assez avancée et on commence à s’ennuyer ferme. Le spectacle désopilant que livrent en pâture les Di Spelta – lui, taciturne et méfiant, jaloux comme un pou ; elle, charmante et asphyxiée – ne suffit plus à amuser la galerie. Mais voilà qu’arrive le grand, l’unique, que dis-je, l’incroyable prestidigitateur Otto Marvuglia ! Las, le magicien se révèle vite désenchanté… et néanmoins décidé à user de ses pouvoirs – et d’autres trucs pas très magiques – pour satisfaire la commande d’un aventurier fortuné, qui mettrait bien la belle Marta Di Spelta dans son lit.

La Grande Magie 1003.jpg

Sans attendre, le spectacle commence. Adroitement, le magicien fait monter sur scène Mme Di Spelta, avide d’expériences. Elle entre dans un sarcophage – certifié d’origine… et hop, disparue la Marta ! Évidemment, son mari jaloux ne l’entend pas ainsi. Il réclame qu’on fasse réapparaître sa femme. Le prestidigitateur est pris au piège, mais ne se laisse pas démonter pour autant. Abracadabri, abracadabra… il livre au cocu, devant tout le monde, une petite boîte : s’il a confiance en sa femme, Di Spelta sait qu’elle ne saurait être ailleurs que dans cette boîte, s’il n’a pas confiance, alors qu’il ouvre la boîte et on verra ce qu’on verra…

Semant le doute et la honte dans l’esprit de Calogero Di Spelta, le magicien le met en face d’un choix existenciel : vaut-il mieux conserver les apparences au prix d’une illusion ou affronter la réalité et accepter la déchéance ?

La Grande Magie 4007.jpg

Mais Di Spelta est obstiné. Il pousse le magicien dans ses retranchements, jusqu’à celui-ci lui révèle le grand secret, celui du troisième œil : la disparition de Marta n’est qu’une illusion ; le temps qui s’écoule n’est qu’une représentation de l’esprit ; les autres ne le savent pas, mais tout cela n’est qu’un jeu ; il suffit d’ouvrir la boîte et la femme aimée reviendra…

À ce compte, on peut se permettre beaucoup de choses : rester en pyjama quatre années durant, extorquer des milliers de lires ou parler aux canaris… mais la vie rôde, les cheveux grisonnent et les jeunes filles meurent… Plus le temps passe, plus l’illusion s’avère nécessaire.

Ainsi racontée, l’histoire est terrible mais, ne vous y trompez pas, il y a des rires et des finasseries auxquelles on ne résiste pas. Les seconds rôles sont excellents, le rythme est vif, la mise en scène pleine d’idées et de légèreté. Le magicien fatigué (Hervé Pierre) et le mari trompé (Denis Podalydès) sont prodigeux : ils suscitent les sentiments les plus divers, du fou rire à la colère ou la peur. Bref, toute la vie dans un fauteuil ou, sur un air d’Italie, un avant-goût de vacances.

La Grande Magie 2005.jpgÀ la Comédie française, en alternance jusqu’au 19 juillet

La Grande Magie, Eduardo De Filippo, mise en scène par Dan Jemmet

20.03.2009

Le désarroi des sirènes

Comme tous les mois, je pars pour quelques jours vers le grand Nord. Je vous laisse avec quatre photographies de Susanna Majuri. J'ai beau les avoir vues et revues, je suis toujours impressionnée par l'attrait qu'elles exercent sur mon imagination. Peut-être est-ce l'eau, omniprésente, qui me fait instantanément plonger dans une histoire qui fuit de toutes parts...  Mais ces femmes d'abord : qui sont-elles ? Que cherchent-elles ou plutôt par quoi sont-elles ainsi irrésistiblement attirées, comme autant d'Ariels inversées ?

Majuri 3.jpg

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"J’ai besoin de la couleur pour vivre. L’eau est une couleur et elle modifie tout ce qu’elle effleure. Je suis la logique des couleurs quand je combine des lieux, des gens et des vêtements. Pour moi, le plus important en photographie, c’est sa capacité à transporter des émotions. J’aimerais évoquer des histoires d’amour secrètes grâce à des lieux. J’aimerais être attirée comme un aimant !"
Susanna Majuri 
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Moi, j'aime à retourner l'histoire de ces femmes, à les imaginer Ondines un temps égarées parmi les hommes...  Pour s'intégrer, ne s'étaient-elles pas longuement entraînées à oublier jusqu'à la façon de nager et la manière de se mouvoir dans l'élément liquide ? À présent, les voilà rendues au monde marin, dans un mélange d'aisance et de stupéfaction... mais au fond de leur prunelle demeure le vague souvenir d'une vie différente.
 
"Comme il est beau, comme c'est dommage, comme je l'aurais aimé... " c'est ainsi que s'achève l'Ondine de Giraudoux. Et comment dire autrement le désespoir de l'oubli, la hantise de grandir, de vieillir, de perdre ce qu'on avait, l'impossibilité de TOUT vivre ?
 
 
Pour éviter de les perdre, mieux vaut enfouir ses trésors au plus profond des mers. Après tout, c'est peut-être bien ce que raconte Burne-Jones - ou l'histoire de la sirène qui profite du sommeil de son amant terrestre pour l'emporter, tel un trophée, dans son antre secret. Ainsi préservés des soucis que cultivent les hommes, ils couleront (ah ah !) des jours heureux... Toute à sa ruse, elle sourit, malicieuse. Elle ne se rend pas compte, la malheureuse, que dans ses bras il est déjà mort.
The_Depths_of_the_Sea_1886.jpg
Sur ces paroles aussi profondes que le rift de la dorsale atlantique,
je vous souhaite un bon week-end... Espérons qu'il sera moins humide que mon post de ce jour !
;-)

15.03.2009

Tous à Tuvalu !

Tuvalu affiche.jpgCertains me diront que Tuvalu est une île, une vraie, située très loin là-bas, de l'autre côté de la Terre. C'est vrai, mais c'est aussi un film qui nous replonge au temps du cinéma muet, des cabines de bain et des moustaches épaisses. Souvenez-vous, le carrelage était froid sous la plante des pieds, les douches toujours glacées (quand elles fonctionnaient) et la salle d'eau retentissait d'échos qui semblaient venir de beaucoup plus loin que nos piaillements !

Le jour, on ne le voit pas, pourtant c'est là que vit Anton, c'est là qu'il gîte plutôt - car on ne sait pas bien s'il est vraiment humain, ce simplet-là. Pour l'amour de son père, aveugle autoritaire, et de la vieille caissière, souffreteuse et vraisemblablement tout aussi demeurée que lui, Anton entretient la propriété familiale - bains publics et piscine aléatoire - que ne visitent plus que quelques éclopés... et la belle Eva, ah, la belle Eva !

Entre Buster Keaton et Georges Méliès, ce film quasi muet, au rythme lent, heureusement parsemé de détails cocasses, vous emmène tout droit dans un monde de bric et de broc, où l'essentiel n'est pas l'apparence, mais l'illusion. Qu'importe si la piscine croule, pourvu que les vieilles gens continuent de croire à leur bonheur. Qu'importe si le monde est pourri pourvu qu'il existe quelque part une île qui laisse place au rêve. Tuvalu, Tuvalu... Et si Anton et Eva poursuivaient le même songe ? En fait, on ne sait pas. Les personnages parlent chacun dans la langue maternelle des acteurs qui les interprètent. De toutes façons, il n'y a guère de paroles, et les sons sont plus importants que les mots. Le sinistre Viktor, promoteur immobilier vendu, passe de temps en temps, provoque ce qu'il faut de drame pour qu'en contrepoint la poésie se déploie. Naturellement, l'astuce et la fantaisie auront le dernier mot...

 

... et, si vous êtes attentifs et patients, peut-être verrez-vous Anton et Eva partir tous les deux "nulle part mais vers ailleurs et pour toujours".

No End.

 

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Tuvalu, Veit Helmer, 2001 (Allemagne), avec Denis Lavant, Chulpan Khamatova... 

 

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