17.02.2009

La libraire a rêvé

arton222.jpgC'est l'histoire d'une libraire qui raconte des histoires, qui se raconte des histoires. C'est l'histoire d'un homme et d'une femme que la libraire voit tous les soirs se retrouver dans un café pour se raconter les livres qu'ils ont lu... autant d'histoires qui leur évitent sans doute d'évoquer une autre histoire, la leur. Or, voilà qu'un jour Paul ne vient pas au rendez-vous, ni les jours suivants. Corinne l'attend pourtant, et la libraire s'interroge.

Que sait-on les uns des autres ? Si peu de choses.

Soudain Corinne saisit qu'elle n'a rien vu venir, rien voulu voir venir. Ne lui reste que la souffrance stupide de l'absence. Alors elle y puise la force d'abandonner la position assise de celle qui vit à travers les livres pour aller à la rencontre du vaste monde.

Le désir et la joie viendront après, chemin faisant, dans l'étonnement d'une savoureuse rencontre puis d'autres, nombreuses, tantôt revigorantes, tantôt décevantes, toujours inattendues.

Peu importe la fin, ou plutôt, si, la fin importe, mais plus encore le mouvement, l'allant que prend Corinne tandis qu'elle ose d'abord timidement puis de plus en plus volontairement vivre de son désir.

"Elle n'avait jamais voyagé. Les livres suffisaient à remplacer les kilomètres et c'était un univers en soi à chaque chapitre commencé. Elle savait des tas de choses sur le monde et sur les hommes entre eux. Mais rien ne remplaçait le fait d'y être, ce mouvement initié vers des ailleurs, et vers lui.

(...)

Assise sur le trottoir d'en face, elle n'osait plus bouger. Prête à pleurer parce que c'était New York depuis huit jours, parce que c'était Paul Auster à deux mètres d'elle, parce que la solitude était à la fois intense et qu'en même temps elle se sentait vibrante au coeur du monde."

Lorsque le livre s'achève, on reste un peu dans le vague, les pieds dans le sable. Très vite, il faut laisser là les libraires, leurs rêves et leurs histoires et revenir à nos moutons. Reste ce joli roman, comme un galet usé par les mers, qu'on retrouve au fond d'une poche et qu'on se réjouit de sentir au creux de sa main, ému par tant de finesse. Le goût de vivre...

Yvette Inufio - writing is utter solitude.jpg

La Libraire a aimé, Sophie Poirier, Ana éditions, 2008

Photo intitulée "Writting is utter solitude, the descent into the cold abyss of oneself. Franz Kafka", (c) Yvette Inufio dont j'aurai l'occasion de vous reparler très prochainement.

Commentaires

Oh que c'est bien écrit, et comme cette photo est magique ! Tu donnes vraiment envie de le lire ce livre ... Et le Etsy de cette photographe est vraiment intéressant. Belle découverte ! Merci de partager ça ;o)

Ecrit par : Catherine | 18.02.2009

ça donne envie cette histoire... et puis comme j'aime beaucoup Paul Auster, je suis curieuse de cette rencontre à la fin !

Ecrit par : Steph à Berlin | 18.02.2009

* Catherine : merci ! Yvette Inufio est très inspirante...

* Steph à Berlin : Je n'en dirais pas plus sur Paul Auster, mais dans tous les cas, tu ne seras pas déçue, je pense.

Ecrit par : Sit | 19.02.2009

J'aime bien cette photo ....
Elle exprime plein de choses ...
Vraiment une prise de vue que j'aurai aimé faire ...
Bravo

Ecrit par : ghost | 26.02.2009

Voilà un très beau billet très sensible sur un livre que j'ai beaucoup aimé aussi;)

Ecrit par : sylvie | 16.03.2009

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